De Chine et d’encres

2004-3

27 octobre 2004 – 9 janvier 2005

La rupture avec les canons classiques de représentation a orienté les recherches esthétiques vers une grande autonomie du fait plastique. Pour l’artiste en quête d’un mode d’expression qui privilégie l’interprétation suggestive, qui favorise la fusion entre construction mentale et gestuelle expressive, la tradition picturale chinoise, par ses moyens d’expression, ses théories esthétiques et ses attaches religieuses, lui offre des ressources incomparables pour se renouveler l’acte créateur,.

Art essentiel en Chine, la peinture est considérée comme une manifestation la plus élevée du génie créateur de l’homme. Émanant d’une attitude philosophique de la Vie, cet art pictural tend à exprimer essentiellement le rapport entre l’homme et l’Univers en recherchant l’union réussie de la matière et de l’esprit, de l’émotion et du sujet contemplé. Malgré une étude et une observation rigoureuse de la nature, la ressemblance de la forme extérieure n’a qu’une valeur limitée. L’importance est donnée à la recherche de « l’ambiance suggestive » et de « la beauté de l’âme »

Les œuvres infidèles au témoignage des sens, semble-il, troublent l’esprit du spectateur.

C’est par les traits nés du jeu combiné Pinceau-Encre que l’artiste chinois exprime les multiples aspects du monde. Selon Shi Tao (1642-env.1718), la touche du pinceau, continuation immédiate et gestuelle de l’état d’âme, est une question de vie.

L’accent est alors mis sur la qualité du trait et les nuances de l’encre pour conférer, avec le Vide (espace blanc non peint, élément important du langage pictural chinois), une cohésion interne à la surface peinte.

Donner substance et sensation à la forme, transmettre l’esprit, cette conception esthétique chinoise se retrouve dans la démarche de certains artistes de l’Occident. Ceux qui puisent leur inspiration dans les vieilles civilisations à la recherche de nouveaux horizons par la méditation et la contemplation.

Ainsi, le geste inscripteur est devenu sujet même du tableau chez le peintre-poète Henri Michaux et Jean Degottex, figures majeures, entre autres, du mouvement calligraphique abstrait. Et les réalisations de Frédéric Benrath et Le Kouros conservent les vibrations sensibles et émotives d’un dialogue passionné avec les grands rythmes de la nature et de l’univers.

Si la peinture à l’encre reste un médium essentiel des jeunes artistes contemporains chinois comme Shan Sa, Li Xin et Zhou Gang, leurs encres sur papier de riz dénotent cependant la quête d’une union parfaite des esthétiques orientale et occidentale. À la recherche de stimulants visuels, l’élaboration du matériau comme une authenticité du geste artistique leur est nécessaire. Ceci malgré un respect évident des traditions séculaires de la peinture chinoise.

À travers une quarantaine d’encres sur papier, l’exposition est une invitation à la confrontation de ces différents mondes de rêve et de méditation, ceux de la vie intérieure.