Guerre et Vie. Ruines et Légèreté, les reporters militaires

© photo ECPAD France
© photo ECPAD France

15 février – 30 avril 2011

Représenter la guerre est un thème traditionnel. Depuis le XVIIe siècle, la peinture d’histoire, alors art civique et idéologique par excellence, joue un rôle de premier plan dans la production d’images de la guerre à mi-chemin du document et de l’imaginaire. Dans un style épique, les effets de mise en scène, l’organisation formelle et spatiale magnifient l’héroïsme, le courage, confèrent aux sujets le sens et la valeur d’un mythe. Cependant, malgré l’exactitude dans l’image des personnages, des uniformes et autres, le jeu de la ligne et de la couleur renvoie au geste de l’artiste, trahit la matérialité de la peinture. Le tableau reste malheureusement une « surface étalée » produisant plus un plaisir esthétique qu’une valeur informative.

Perçue comme une saisie du réel, la photographie, « d’une absolue exactitude matérielle » selon Baudelaire, détiendrait une authenticité dont ne pourrait atteindre aucune autre forme d’image. Inventé pour suppléer le dessin dans la ressemblance absolue, le procédé inaugure une nouvelle ère dans la représentation, devient l’outil de choix pour immortaliser et concrétiser le visible, pour témoigner du monde. Son apparente objectivité séduit le milieu de la presse et de l’information.

Au tournant du XXe siècle, la photographie, devenue culture massive et planétaire, s’affirme comme le mode privilégié pour raconter le combat moderne. Ses avancées techniques (appareils plus légers et plus maniables) la propulsent comme « le peintre le plus féroce de la guerre ».

Procédé de fixation d’empreinte lumineuse, la photographie emmagasine seule de l’information et invite à voir la vraie guerre par procuration. On assiste aux combats tragiques en temps réel, on capte la notion du danger d’une manière indirecte. L’image capturée véhicule ainsi des idées, des sentiments équivalents.

Et de ce fait, son objectivité a ses limites. L’épreuve photographique (même si elle se veut strict enregistrement du réel) adopte un point de vue et ne peut être neutre. Les choix du cadrage, de l’angle de prise de vue, de la lumière manipulent le réel et la vérité, influent sur la perception, manœuvrent les émotions.

Outre le devoir de mémoire, le médium se prête naturellement à toute stratégie de communication.

La Section Photographique de l’Armée (SPA), première agence photographique de l’État créée au lendemain de la Première Guerre mondiale, se voit alors assigner de combattre la propagande allemande par l’image à profusion. Dire avec éloquence les misères de l’invasion, les gloires de la résistance et de la victoire en prenant « des clichés intéressants au point de vue historique (destructions, ruines), au point de vue de la propagande par l’image à l’étranger, au point de vue des opérations militaires par la constitution d’archives documentaires ».

La sélection des photographies présentées, soixante-trois épreuves dont quarante-cinq reproductions d’autochromes, provient des fonds « Première Guerre mondiale » et « Deuxième Guerre mondiale » conservés par l’ECPAD*, Agence d’images de référence et Centre d’archives audiovisuelles du Ministère de la Défense. Les clichés datant de 1916 (2ème période de la Grande Guerre, la guerre d’usure) à 1940 offrent une vision qui n’est pas celle du feu.

C’est une évocation de la guerre avant et après l’acte où toute référence au tragique est bannie de la représentation. On est convié dans les campements et les bivouacs, à constater les ravages matériels de la guerre, à admirer la ténacité psychologique des troupes et de la population civile, à capter les expressions d’une vie sereine à travers des réclames d’époque, des petits métiers…Une description humaniste qui sert à familiariser l’activité guerrière.

Grâce à l’invention de l’autochrome des frères Lumière en 1905, la guerre est fixée pour la première fois en couleurs. Les œuvres de Tournassoud, Cuville, Castelnau ou Samama-Chikli apportent une qualité artistique qui fait oublier la réalité désolante, attribuent aux sujets immortalisés la résonnance du mythe, assurent sans faille la pensée guerrière, dans la continuité de la peinture d’histoire.

*Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense