Raymond Voinquel, « Je sais saluer la beauté »

2006-1

11 janvier – 12 mars 2006

Né en 1912 dans un petit village des Vosges, arrière-petit-fils d’un dessinateur de l’imagerie d’Epinal, l’enfance puis l’adolescence de Raymond Voinquel sont peuplées de rêves où se mêlent à la fois les grands noms de l’histoire de la peinture et une fascination pour les acteurs et le cinéma, que rien ne viendra jamais démentir. Photographe de plateau pendant presque cinquante ans, Voinquel n’aura de cesse de conjuguer ses deux passions pour construire petit à petit une œuvre qui déborde largement le champ du cinéma et où il explore les genres majeurs de la photographie.

Travaillant à la chambre 24×30 cm ou 18×24 cm, et n’hésitant pas à refaire l’éclairage de l’opérateur, Voinquel est d’abord un grand portraitiste qui transfigure le visage des acteurs en icônes mystérieuses. Le beau est le premier critère d’élection dans son panthéon personnel. Inspirés par les tableaux du Caravage, de Vermeer ou de Rembrandt, les portraits que Raymond Voinquel réalise dans les années 30 et 40 des plus grandes actrices du cinéma français, baignent dans une lumière savamment dosée qui les apparente aux figures intemporelles des rêves les plus secrets. Les femmes sont tout à tour lointaines, inaccessibles, altières angéliques, douces, sensuelles, et les hommes élégants, énigmatiques, beaux et graves. Raymond Voinquel n’a pas le souci de la subjectivité de ses modèles ni celui de la psychologie des personnages qu’ils sont censés incarner. Il construit, grâce à la science de l’éclairage, des légendes, des mythes. Les visages émergent de l’obscurité sublimes et lointains, retranchés dans l’énigme de leur beauté. Avec le temps, néanmoins, le regard de Raymond Voinquel se transformera pour nous offrir des portraits de personnalités du monde littéraire et artistique qui expriment l’inquiétude, l’angoisse d’une humanité retrouvée.

Photographe de cinéma et portraitiste au studio Harcourt, Raymond Voinquel fit une brève incursion dans la photographie de mode, mais il fut surtout un photographe fasciné par la beauté du corps masculin. Loin des plateaux de tournage, des éphèbes et des athlètes se succéderont toute sa vie devant son objectif. Au-delà de la diversité des approches photographiques, la référence à la peinture, à la sculpture ou à la littérature, est aussi une constante de son travail. Michel-Ange, le Bronzino sont convoqués sous forme d’hommage, un martyre de Saint-Sébastien et différents « Apollon », côtoient des « Narcisse » et des marins qui renvoient à l’univers de Jean Grenet. Là encore, Raymond Voinquel utilise la lumière avec une grande subtilité pour sculpter les corps, ou au contraire adoucir le contour des formes qui s’estompent dans l’obscurité. Virils ou androgynes, les corps photographiés par Voinquel ont ce caractère de perfection rêvée que l’on retrouve dans ses portraits.

Le paysage est aussi un thème récurent dans l’œuvre de Raymond Voinquel. Tout au long de ses tournages ou de ses voyages, il n’aura en effet cessé de photographier pour son plaisir personnel les villages qu’il traversait, ou les arbres qu’il aimait profondément. Mais c’est encore la lumière, dans ses infinies variations, qui est au cœur de ses préoccupations : la lumière de l’aube ou du couchant, d’un ciel d’orage ou d’hiver, le soleil se reflétant sur la mer ou scintillant dans des gouttes de pluie glissant le long d’une vitre.

Amoureux du beau, maître de la lumière, Raymond Voinquel a construit un style, une œuvre où le réel est devenu le miroir de ses rêves, un rêve photographique hanté par la beauté éphémère des visages et des corps.